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A vrai dire, il est difficile de décider que l’histoire d’une personne s’achève à l’instant où elle quitte notre monde. Parfois, quelques personnes inscrivent leurs noms dans l’histoire et deviennent – comment dirai-je ? – éternelles. D’autres, n’ont peut être pas eu la chance d’avoir une place dans les pages noircies des chroniqueurs, mais ont su graver un sourire sur les visages nostalgiques qui s’en souviennent encore.
Que peut-on dire du début ? Pour l’homme, la chose est née la première fois qu’il la voit. Mais il se trouve que chaque mot que j’ai dit depuis que tu me connais, chaque geste – même insignifiant – raconte à voix douce des pages de mon histoire ; et mon histoire, commence bien avant que tu m’ais connu, bien avant que je sois né, bien avant qu’il y ait des pays, avant qu’il y ait des blancs et des noirs, … mon histoire a commencé quand l’homme est né.
Cela dit, je ne pourrai jamais te raconter mon histoire ; du moins, pas toute entière. Quand j’y pense, il faudrait peut être que je demande à ceux qui l’ont écrite de la raconter. Je dirai plutôt « celles », ce sont des femmes qui ont écrit tout le début de mon histoire, et même si je décide fièrement d’écrire tout seul la fin, ce serait certainement l’amour d’une femme qui me servira d’encrier.
Parmi ces femmes, celle qui m’a mis au monde, celle qui m’a donné un prénom, celle qui m’a pris doucement dans ces bras, celle qui a passé ses nuits et jours à remplir les planches vierges de ma vie jusqu’à ce que j’ai appris à dessiner des lettres, écrire des mots, construire des phrases et enfin, raconter une histoire. Celle qui m’a appris ce que c’est une vie, une personne, un amour. Celle qui a voulu être ma mère.
On l’appelle Nassira, parfois Souad mais, son vrai prénom est Zoulikha. Elle est née un jour de neige, un jour tout blanc, un jour de paix. Dieux l’a décidé ainsi, que la paix accompagne cette femme là où elle va, là où elle est. Elle est née sur une montagne, à l’est de l’Algérie, à une époque où on disait encore « l’Algérie Française ». Son père était parmi ceux qui refusent ce nom, ceux qui disent que l’Algérie est tout simplement « Algérienne ».
Son père était un homme, un vrai. Au dessus de son cheval noir, il terrorisait ceux qui venaient en faire esclave. La ville où ma mère est née porte le nom de son père. Comme je disais, quelques personnes deviennent éternelles de part leurs actes. Seulement, tout ne peut être éternel, la puissance n’est pas éternel, la richesse n’est pas éternel, le pouvoir n’est pas éternel. Dieu fait que ces privilèges soient donnés un jour à l’un un jour à l’autre, que chacun ait sa part de chance, que tous pouvons tenir le plume pour écrire ne serait ce qu’une phrase, qu’un mot. Peu après la naissance de ma mère, les français ont perdu le pouvoir, mais malheureusement, mon grand père a perdu sa puissance juste quelques mois avant cela. Il a été torturé jusqu’à la mort, avec une pince et des tourne-vices. C’est malheureux de ne pas connaître son grand père. C’est plus regrettable encore d’apprendre à quel niveau s’abaissent les humains parfois, à quel point ils se perdent dans la cruauté, à quel point ils peuvent ne pas être humains. Ma mère n’a pas de souvenirs de son père, mais elle a eu – petite encore – la chance d’être câlinée dans ses bras. Aujourd’hui ce qu’elle a encore de son père, c’est la fierté.
Une coutume, un hasard ou une réalité. A coté de tout grand homme se trouve une femme. La femme qui a été aux cotés de mon grand père était si pure, si douce, si belle. Elle était comme le silence apaisant qui vient contenir dans se bras la tempête de rage qui tremblait l’âme de son mari. Quel pouvoir celui d’une femme. Elles savent câliner des lions enragés, et en claquant les doigts, elles font d’un agneau la bête tenace qui défend son troupeau jusqu’au dernier souffle. Seulement, la bête tenace a atteint son dernier souffle, le troupeau est désormais sans défense, et même si le risque s’est évaporé avec les souvenirs de la colonisation française, ma grand-mère se trouve seule avec ses onze enfants dont la plus jeune est ma mère. Dieu seul sait ce que l’on ressent quand on perd l’épaule sur laquelle on épuisait courage, sécurité et amour.
Jusque là petit enfant, insouciante, gaie et occupée à découvrir les petites fleurs de leur jardin. Ma mère a aujourd’hui l’âge d’aller à l’école, d’apprendre comment la vie fonctionne-t-elle. Aujourd’hui, elle va aller à l’école, elle va tenir sa plume pour la première fois, elle va écrire. Qu’est ce qu’elle voudra écrire pour le restant de sa vie ?

Ça ferait quoi d’ouvrir les yeux et de ne pas te voir ?
De ne plus te chercher quand je ne te trouve pas ?
Ça ferait quoi de mettre le réveil,
De ne pas craindre qua ça nuise à ton sommeil ?
Ça ferait quoi de ne pas devoir marcher sur les bout des orteils ?
Ça ferait quoi de ne pas entendre ta voix,
Qui, à moitié endormie, câline mes oreilles ?
Ça ferait quoi que tu ne me dises plus « Bonjour ! » ?
Ça ferait quoi de quitter mon lit sans avoir l’envie de revenir,
S’en foutre s’il fait déjà jour ?
Ça ferait quoi de préparer le petit déjeuner …
Et de ne pas faire du thé ?
Ça ferait quoi de me regarder dans un miroir autre que tes yeux ?
Ça ferait quoi de ne plus te dire « A ce soir » ?
Ça ferait quoi de ne plus te donner des rendez-vous ?
Ça ferait quoi de prendre le bus et s’assoir derrière le conducteur ?
De ne pas y être trop tôt …
De ne pas t’attendre des heures …
Ça ferait quoi de ne plus devoir supporter tes caprices ?
Dis-moi ? Ça ferait quoi de ne plus faire la tête ?
Ça ferait quoi de regarder un film et de ne pas tenir ta main ?
De ne pas essuyer tes larmes quand l’actrice meurt …
Ça ferait quoi de ne plus partager une canette de Coca avec toi ?
Ça ferait quoi de ne plus faire les mags avec toi ?
Ça ferait quoi de ne plus te dire que je le regrette ?
Ça ferait quoi de prendre des photos et de ne pas te voir dessus ?
Ça ferait quoi de ne plus t’appeler au téléphone ?
Ça ferait quoi de ne plus recevoir tes texto ?
Ça ferait quoi d’oublier ton numéro ?
Ça ferait quoi de réviser encore ?
De ne plus trouver de surprises dans mes cahiers ?
De ne plus trouver de surprises sur mes mains …
Ça ferait quoi un soir sans toi ?
Ça ferait quoi d’écouter une chanson ?
Et de ne pas t’avoir dans mes bras ?
Ça ferait quoi d’écouter Cabrel
Et de n’entendre que sa voix ?
Ça ferait quoi de chanter coréen ?
Enfin ça ferait quoi de dormir tôt ?
Ça ferait quoi de dormir et pas rêver ?
Dis-moi juste, ça ferait quoi de vivre et de ne pas t’aimer ?
Ça ferait quoi de ne pas vivre ?

It’s been a long time … since the day I’ve promised you
Since the day I’ve told you … I’ll be waiting for you
All of those years my love was … waiting in the dark
Even the flame who was burning it … couldn’t light up the walk
Baby you’ve been so far away … I’ve loved a spirit without a face
But now that you’re behind me … all I recognize in you is your face
Hello my lover … I was dreaming of you
Farewell stranger … Now that I’m with you
… I wake up …
Maybe I can’t remember … having told you once
You’ll be the mother of my children … or will be the father of yours
Maybe I was just lying … when I was saying with you I could fly
But baby within our dreams … I don’t think we can lie
Please, please don’t blame me … I’m not asking you more
I loved you yesterday … but sorry, I don’t love you anymore
Hello my lover … I was dreaming of you
Farewell stranger … Now that I’m with you
… I wake up …
J’hibernais durant des années lumières quand enfin
En une journée printanière je quittais mon sommeil
Avant qu’enfin ce cœur que j’appelais mien
Se trouve soudainement dans les bras d’une merveille
Je souris mais je ne comprends presque rien
Je ne me rends pas encore compte que c’est dans un paradis que je me réveille
Oui dans un paradis, le sien, loin de mon pays, loin des miens
Moi-même je ne crois ni mes yeux ni mes oreilles

En ce printemps j’arrête de respirer
J’arrête de fumer j’arrête de manger j’arrête de boire
Je respire son amour, hume son parfum,
Mange les flocons de son âme et repais mes yeux de son miroir
Elle dit m’aimer, m’adorer et beaucoup plus que ça
Elle dit que je suis tout ce qu’elle peut sentir et voir
Elle dit être prête à m’offrir son futur coloré de joie
Et oublier dans mes bras son passé noir

Mais le temps d’apprendre à l’aimer,
L’été s’est déjà présenté
Nos journées deviennent lassantes,
Et nos nuits ne sont guère comme avant, pleines de beauté
Le soleil brule doucement les couleurs vives de notre joie
Et la chaleur affaiblie vite notre amour et démolie nos pas
Elle m’annonce un jour que notre histoire
« C’était, comment dirai-je, un mauvais choix »
Et pour se justifier
Elle dit simplement avoir trouvé pour son cœur un meilleur roi

Mes nuits …
Mes nuits sont faites d’ivresse
De quelques mots qui ne cessent
De trimbaler mon cœur
Entre ruelles assombries de mélancolie
Et les champs verts d’allégresse
De mélodies pleines de tendresse
Qui me basculent entre éméché, soûl et endormi
Comme un bébé bercé dans les bras d’une princesse
De sourires parfois gais, souvent cons
De larmes traitresses
Mes nuits sont faites de longues heures de striptease saines
De filles et de garçons à l’autre bout du fil.
Qui, corps habillés, dévoilent leurs âmes sereines
Parfois m’approchent et me chuchotent leurs histoires
Écrites par des éclats de rire et des larmes de peine
Parfois me lèchent l’esprit avec des réflexions
Réunissant jeunesse et sagesse dans une même scène
Mes nuits sont faites de toxicomanie
De taffes d’oubli
De cet espace lucide
Remplit d’une fumée d’espoir et d’euphorie
De clopes écrasées sur mes maux
De maux disparus sous la cendre petit à petit
Ma mine perchée
Ma tête penchée
Sur un bout de papier
Je sniffe textes et poèmes et gobe des pensées
Mes nuits … une vie en transe